Les voyages
Grâce à la course, j’ai découvert des endroits très différents. Parmi ceux qui m’ont le plus marqué : Lhassa — à environ 3 650 m d’altitude, tout de même, et là, j’en ai bavé ! —, Paris au pied de la tour que vous savez, le bord de l’océan au Maroc et le Marrakech médiéval, les montagnes de Chamonix, Stone Town à Zanzibar, Boukhara et Astana, les pentes du Kilimandjaro. Je repense aussi à un voyage avec ma tante Sveta Plantelin, qui habite à Vichy. Nous étions allés ensemble à Rocamadour, et j’avais couru le long de la Dordogne. Je garde aussi le souvenir de notre visite de la maison de George Sand et de Chopin. C’est là que je suis tombé amoureux des hortensias bleus.


Partout où je vais, j’essaie de laisser la trace d’un parcours dans Nike Run Club.
Comme j’aime courir le matin, je me lève tôt et je pars explorer les environs. Ainsi, avant même le petit déjeuner, j’ai déjà vu quelque chose.


J’ai commencé à courir en bonne partie pour mieux voyager. Ce n’est pas ma seule motivation, mais c’est l’une des premières, et elle reste très importante.
Il faut dire que les voyages sont ma passion. Quand je choisis un hôtel dans une nouvelle ville, je regarde où il se trouve et quels lieux intéressants je pourrai rejoindre en courant : cela fait partie du programme. Même si je ne choisis pas l’hôtel, je repère les endroits accessibles en courant, ce qu’il pourrait y avoir de sympathique à découvrir, et j’essaie d’en profiter.
Le touriste ordinaire, celui qui ne court pas, ne voit finalement qu’un périmètre assez limité. Il avance lentement, transporte un tas d’affaires superflues et visite peu de lieux. Entre le point A et le point B, le paysage change si lentement qu’il a le temps de s’en lasser.
Au fond, pour tout voyage avec une nuit sur place, il faudrait emporter ses chaussures de course, son passeport et de l’argent. Le reste peut s’acheter en arrivant.



L’endurance de nos ancêtres
Commençons par une bonne nouvelle pour tout le monde : l’être humain est l’une des créatures les plus endurantes de la planète. Nous sommes plus endurants qu’un guépard, un ours, un buffle, un faucon ou un crocodile. Oui, rien que par notre naissance, vous et moi disposons d’un excellent potentiel d’endurance.
La niche écologique de nos ancêtres chasseurs reposait sur leur capacité à poursuivre longtemps leurs proies. Notamment en les blessant, puis en les traquant jusqu’à l’épuisement. La persévérance et l’endurance étaient les outils de certaines des stratégies de chasse les plus anciennes et les plus efficaces.
Cela tient à l’économie de nos mouvements par rapport à ceux des animaux : nous nous déplaçons sur deux membres, et non sur quatre. Mais aussi à notre système de refroidissement perfectionné, la transpiration. Nous avons en outre une capacité pulmonaire relativement importante, ce qui fait de nous d’excellents coureurs de fond. La nature elle-même nous a préparés à courir : c’est une activité qui nous est naturelle.
Pourtant, nous ne naissons pas endurants. Nous n’avons que ce potentiel. Contrairement aux animaux, les humains doivent s’entraîner pour atteindre de bonnes performances. Sans entraînement, nous perdons cette aptitude, mais nous pouvons la retrouver.
J’ai été très impressionné par la partie de Sapiens. Une brève histoire de l’humanité, de Yuval Noah Harari, consacrée à la préhistoire, avant l’agriculture et les débuts de la production alimentaire. L’auteur ne cache pas son amour pour cette époque, et il m’a communiqué son enthousiasme.
Selon Harari, les humains de la préhistoire étaient, sur certains plans, bien plus développés et plus intelligents que nous. Ils avaient en tête une carte extrêmement précise de leurs vastes territoires de chasse, avec une foule de détails du paysage. Ils connaissaient quantité de plantes et de champignons et savaient les utiliser, comprenaient les habitudes des animaux et savaient improviser. Ils distinguaient de nombreux sons et odeurs : c’est pourquoi leur cerveau était plus volumineux que le nôtre et leurs capacités de pensée abstraite supérieures. Ils étaient profondément intégrés à la vie d’un immense territoire, où ils se sentaient à l’aise au fil des saisons. D’après les fouilles, leur alimentation était très variée, faite de nombreuses espèces animales et végétales. Combien de plantes comestibles sauriez-vous reconnaître dans une forêt avec vos souvenirs des cours de biologie ? Pas beaucoup. Eux savaient le faire. Leurs connaissances étaient très concrètes.
Ces chasseurs vivaient assez longtemps. S’ils survivaient à l’enfance et aux accidents de chasse, ils pouvaient tout à fait atteindre un âge avancé, comparable à notre vieillesse actuelle. Ils étaient aussi harmonieusement développés sur le plan physique : rapides, souples, agiles, endurants, forts. Imaginez cette société de gens forts et intelligents. La sélection naturelle les avait façonnés ainsi, et nous portons leurs gènes.
Les humains ont vécu de cette manière pendant des centaines de milliers d’années. Notre corps a donc évolué pour cette vie-là. La suite — domestication des animaux, agriculture, révolution industrielle, société moderne — est arrivée très vite. Nous avons hélas perdu une partie de nos aptitudes naturelles. Notre odorat, par exemple, n’a plus la même importance dans la vie actuelle. Pourquoi et comment cela s’est-il produit ? C’est une autre grande question. Lisez Harari ; nous, revenons à la course.
J’aime beaucoup cet idéal du passé tel que je me le représente : un être humain rapide, souple, fort et endurant. Formidable, je veux être comme ça, moi aussi ! Je l’avoue, quand je cours, que je fais du yoga ou que je soulève de la fonte, je me dis que je me rapproche un peu de l’activité physique naturelle qui a façonné nos ancêtres. Ils bougeaient beaucoup, se fatiguaient souvent et mangeaient donc de bon appétit. Parfait, je vais faire pareil.
En courant régulièrement, on élargit aussi considérablement le territoire que l’on connaît autour de chez soi. On découvre des sentiers, des passages, des nuances du relief que l’on n’avait jamais remarqués. On sait où la route monte longtemps, presque imperceptiblement, où les flaques se forment après la pluie, où fleurissent les arbustes parfumés et où mûrissent les pommes. Une carte plus détaillée d’un vaste espace se dessine dans notre tête. Bref, la course nous rapproche de cet état naturel et harmonieux de l’être humain qui vit pleinement.
Le relief à l’entraînement et en course
Les parcours les plus faciles à courir sont plats, avec peu de virages, ou des courbes douces, sans montées ni descentes. On peut garder une allure régulière et ne se concentrer que sur soi. Les pistes d’athlétisme, par exemple, offrent ce genre de parcours artificiel.
Mais si vous préparez une grande course, marathon ou semi-marathon, le relief sera forcément plus intéressant, avec son lot de sensations nouvelles.
Courir en montée, c’est vraiment dur. Le cœur bat bien plus fort et les muscles se fatiguent d’un coup. Sans entraînement spécifique, l’allure chute et un début de panique vous gagne.
Un ami aimait s’entraîner à Vidy, au bord du Léman, sur un parcours aux variations de relief faibles et progressives. Malgré un bon volume d’entraînement, il n’était donc pas prêt pour les côtes du marathon de Moscou, et son résultat l’a beaucoup déçu. Moscou est construite sur des collines qui se font bien sentir sur une longue course. Plus de 370 m de dénivelé positif au total : ce n’est pas rien. Les amateurs de trail en riront, mais pour des coureurs habitués au plat, c’est une épreuve. Et les autres courses urbaines peuvent, elles aussi, présenter un dénivelé assez important.
J’ai ainsi compris qu’il ne fallait pas se cantonner à un ou deux parcours d’entraînement presque plats. Au contraire, mieux vaut surveiller le dénivelé positif de ses sorties et varier régulièrement les itinéraires et les reliefs. L’entraînement sert justement à développer des aptitudes différentes.
Pour garder son allure en montée, il faut raccourcir la foulée et essayer d’augmenter la cadence, faire tourner les jambes plus vite. Mais la côte est là pour tout le monde, pas seulement pour vous. Chacun doit l’affronter. C’est donc l’occasion de dépasser quelques compagnons de course qui n’ont pas travaillé ce genre de passage.
En descente, en revanche, on peut bien accélérer. L’essentiel est de ne pas tomber. J’adore y faire des foulées immenses — à mon échelle. J’ai l’impression que la gravité travaille pour moi et m’autorise à « tricher » un peu. À bonne vitesse, chaque foulée m’emporte plus loin que d’habitude. C’est donc le moment d’allonger le pas et d’accélérer.
Les chaussures de course
Ah, voilà un beau sujet, qui mériterait un livre à lui seul. Les baskets occupent une place considérable dans la culture populaire. L’humanité s’efforce d’en faire les chaussures les plus confortables qui soient. Beaucoup de gens s’expriment à travers leurs baskets : des millions de modèles, pour tous les goûts.
Mais seule une partie de cette grande famille, les chaussures de course, est destinée à cet usage sportif. Et même dans cette catégorie, il existe une mode à part entière. Des équipes d’ingénieurs, de designers et de kinésiologues conçoivent de nouveaux modèles, expérimentent des matériaux, cherchent la chaussure idéale. Les modèles de pointe changent chaque année et repoussent toujours les limites. Vous trouverez sûrement une paire adaptée aux particularités de votre anatomie et de votre entraînement.
Pour les coureurs, choisir leurs chaussures relève d’un véritable culte auquel ils se consacrent avec passion. Car une paire bien choisie permet d’éviter les blessures et d’améliorer sensiblement ses résultats.
Aux grands championnats et aux Jeux olympiques, une compétition officieuse se joue en parallèle : quelles chaussures portent les équipes et les athlètes qui gagnent le plus souvent ? Il existe donc un classement des médailles entre fabricants, avec ses leaders et ses nouveaux venus ambitieux. C’est intéressant de regarder ce que portent vos équipes et vos sportifs préférés. Tout un monde de chaussures.
Pour les marques, que chacun choisisse ce qui lui plaît. En revanche, selon les usages, voici le minimum auquel je suis arrivé :
Une paire pour tous les jours : la paire de base, celle qui fait le gros du travail. Vous y faites l’essentiel de vos entraînements, et c’est celle que vous usez le plus vite. Mieux vaut un modèle assez simple et fiable, adapté au bitume ou au gravier, stable sur différents sols.
Une paire peu encombrante, pour la salle et les voyages. J’en ai une dont le principal atout est la légèreté : elle se glisse facilement dans une valise ou un sac. Je ne lui demande pas grand-chose. L’essentiel est de pouvoir l’emporter et l’avoir sous la main, même quand la place manque. Bien sûr, on peut aussi utiliser sa paire habituelle sur le tapis de la salle. Mais c’est agréable d’avoir ces chaussures compactes pour les déplacements et les occasions particulières.
Une paire chaude pour l’hiver. Hélas, il faut alors des chaussures spécifiques, avec une couche isolante supplémentaire, pour ne pas geler les pieds à −20 °C, par exemple. Elles ne seront pas faites pour la vitesse et seront sans doute lourdes, mais elles permettront de courir pendant la saison des neiges. Il leur faut une semelle bien crantée, fiable, pour ne pas glisser sur la glace. Bref, cette paire sert à continuer de s’entraîner, pas à aller vite.
Une paire imperméable, pour la pluie et le trail. Elle doit avoir une couche déperlante et de solides crampons pour courir sur les sentiers forestiers et, plus généralement, sur les terrains difficiles en pleine nature.
La meilleure paire de course, pour les compétitions et les sorties de référence. Qu’elle coûte plus cher, soit, mais elle doit être aussi légère que possible et offrir la meilleure efficacité énergétique.
C’est pour cet usage que les coureurs achètent ces chaussures à plaque carbone, très en vogue, dont l’insert fait ressort. Leurs propriétés particulières ne se maintiennent que sur un kilométrage limité. Mais elles permettent bel et bien de réaliser ses meilleurs chronos.
Lorsque j’ai acheté ma première paire à plaque carbone, le vendeur m’a prévenu : sa durée de vie était de 200 km. Je l’ai essayée sur une sortie test de 10 km. Depuis, je ne la porte que pour mes courses les plus importantes et je bats chaque fois un record personnel.
Il faut donc environ cinq paires différentes pour se sentir bien équipé. Au-delà, c’est une affaire de goûts et de priorités.
Tout le monde connaît les recommandations de base pour la pointure : les chaussures ne doivent surtout pas serrer le pied. L’idéal est de prendre une demi-pointure de plus que pour ses chaussures de tous les jours. Une erreur de choix, et vous découvrirez les ongles abîmés, voire les blessures.
L’équipement — 1
À vrai dire, il faut très peu d’équipement pour courir. Des chaussures toutes simples, un maillot tout simple, un pantalon tout simple, et c’est parti. Mais c’est le minimum vital. Alors, quel serait le maximum vital ? Ah, cette question risque de ne jamais être tranchée : on peut inventer de nouveaux accessoires à l’infini.
Nous avons déjà parlé des chaussures. Mais elles ont, elles aussi, leurs accessoires : les talonnettes. Ce sont de petits morceaux de caoutchouc souple que l’on place sous les semelles intérieures pour mieux amortir les chocs au talon. J’en ai mis dans ma paire principale, dotée d’une mousse React bien souple. C’était tellement confortable que j’ai fini par les oublier. Après avoir lavé mes chaussures, je ne les ai pas remises. La séance suivante a été franchement douloureuse. On s’habitue vite au confort. Il y a donc la semelle souple de la chaussure et, en plus, cette petite pièce amovible. Il existe aussi des séparateurs d’orteils pour les protéger des frottements.
On peut bien sûr courir avec des chaussettes ordinaires, mais il existe des chaussettes conçues pour la course. Certaines compriment le pied, d’autres ont des zones rembourrées pour limiter les frottements sur le dessus. Elles évacuent mieux l’humidité et évitent que les pieds macèrent. Leurs matières sont choisies pour prévenir les ampoules. Certaines comportent une membrane qui laisse sortir l’humidité sans laisser entrer l’eau. D’autres soutiennent le tendon d’Achille ou la cheville, renforcent le talon ou protègent particulièrement les orteils. Ces chaussettes ont donc leur utilité. Les modèles très courts, les socquettes, sont pratiques en été ou en salle. On trouve aussi des chaussettes de compression qui montent jusqu’au genou et des modèles épais et chauds pour l’hiver.
Au-dessus viennent les manchons de compression. Une invention formidable, fondée sur le même principe que les bandages. Ils enveloppent étroitement le mollet et lui apportent un soutien supplémentaire. En maintenant les muscles, ils favorisent la circulation sanguine et l’élimination du lactate. Résultat : moins de fatigue, une récupération plus rapide, moins de gonflements, un moindre risque de varices et moins de spasmes ou de crampes. Bref, un petit miracle pour coureur, à condition de choisir la bonne taille. Autre détail : si vous en achetez quand vous commencez à courir, vous risquez de les trouver un peu petits quelque temps plus tard. Les mollets grossissent ! On peut les porter sous un pantalon ou avec un short.
Un jour, j’ai eu une légère blessure à la jambe gauche et je n’ai pu continuer à courir qu’avec un manchon. Je n’en mettais donc qu’à gauche. Mais des spécialistes m’ont expliqué qu’il ne fallait pas faire cela : la compression devait être identique sur les deux jambes, sous peine de provoquer une autre blessure. Je n’ai pas voulu vérifier. Depuis, je porte toujours les deux.
Je l’avoue, au début, je n’osais pas mettre de collants de course. J’avais peur d’avoir l’air bizarre. Puis je m’y suis habitué, et c’est désormais ma tenue préférée pour courir. Ce sont des pantalons de sport très ajustés. Très, très ajustés : certains sont même compressifs. En revanche, ils sont aérodynamiques, extensibles et confortables, aussi bien pour courir que pour s’étirer. En général, ils constituent la première couche, voire la seule. J’ai des collants longs, parfaits au printemps et en automne, et des modèles trois-quarts, juste sous le genou, qui laissent les mollets libres : idéals pour l’été ou la salle.
Les collants compriment légèrement les cuisses, ce qui permet de mieux sentir ses mouvements. Ils comportent aussi, en général, de petites poches fermées, pratiques pour les clés, une carte ou quelques bricoles. Souvent, cette poche est placée derrière, au milieu du dos. C’est inhabituel par rapport aux vêtements ordinaires, mais très pratique en courant : à cet endroit, elle ne gêne pas et ne frotte pas.
Les collants ont souvent une fermeture éclair au bas de la jambe, pratique pour laisser passer l’air. On peut aussi la fermer pour bien envelopper la jambe par-dessus des chaussettes hautes. Il existe des modèles chauds, doublés de polaire, très agréables pour courir par temps froid.
La ceinture de course avec poche, c’est formidable : on peut y mettre son téléphone, ses clés, ses gels. Une grosse sacoche gêne les mouvements ; ici, plus c’est petit, mieux c’est. Les débutants gardent souvent leur téléphone à la main : c’est plus pratique pour changer de musique, consulter ses résultats dans l’application ou mettre le chrono en pause. Mais cette habitude perturbe le mouvement des bras et fait dépenser de l’énergie supplémentaire. Mieux vaut donc s’habituer à ranger le téléphone dans sa ceinture.
Les shorts de course diffèrent des shorts de boxe, de bain et des autres. Rien de très mystérieux, pourtant : l’essentiel, ce sont des coutures fines pour éviter les frottements. J’aime les modèles deux-en-un, avec une doublure intégrée. Il faut aussi choisir des sous-vêtements aux coutures fines, qui ne blessent pas par frottement. Surtout pour les sorties longues.
Petite astuce : je glisse toujours une carte de visite dans une poche de mon collant, de mon short ou de ma ceinture, au cas où. Je cours généralement sans papiers d’identité sur moi, comme la plupart des gens normaux, j’imagine. Mais si je fais un malaise ou si j’ai un accident de la circulation, je veux que les passants puissent m’identifier et trouvent un numéro à appeler. Nous nous ressemblons tellement, nous autres coureurs !
L’équipement — 2
Les magasins de sport vendent des tours de cou légers, sortes de petites écharpes en tube. Les plus connus sont ceux de la marque Buff. Il en existe pour tous les goûts et toutes les circonstances : chauds, légers, en microfibre, rafraîchissants, et j’en passe. Certaines collections représentent des villes ou des montagnes célèbres ; d’autres sont à motifs ou unies. J’aimerais parcourir le chemin de Saint-Jacques, alors j’en ai acheté deux avec l’itinéraire de Saint-Jacques-de-Compostelle. Les Buff servent en toute saison : pour éviter de prendre froid au cou ou protéger sa respiration de l’air glacé. On peut aussi les mettre sur la tête contre la pluie ou le soleil. Et, bien sûr, on a envie de les porter ailleurs qu’en courant.
Il y a les lunettes de soleil conçues pour la course, les visières de toutes sortes et, pour courir sous la pluie, des vestes respirantes si légères qu’elles se font oublier, très pratiques en voyage. Il existe aussi des hauts de course, des sweats à capuche et des sweat-shirts.
Je reviendrai sur les maillots de course. Ici, parlons plutôt des hauts à manches longues. Certains comportent également des empiècements compressifs. Mais leur rôle principal est de laisser respirer le corps qui se réchauffe et d’évacuer la transpiration. Je n’ai malheureusement pas trouvé mon modèle de course idéal. Personnellement, je préfère les hauts ajustés destinés aux arts martiaux. Ils ne provoquent pas de frottements et sont très confortables pour s’entraîner au printemps et en automne.
On dit que si les Sibériens n’ont pas froid, ce n’est pas parce qu’ils ne craignent pas le froid, mais parce qu’ils savent s’habiller. C’est très juste. Certains jours d’hiver, on se dit qu’il est impossible de courir : il fait si froid, qui irait faire du sport dehors par ce temps ? Pourtant, il existe des doudounes conçues pour la course, avec ou sans manches. Elles ont une allure si belle, si bien dessinée, qu’on aurait envie de sortir courir rien que pour les montrer.
J’ajouterai que, personnellement, j’aime courir avec un bonnet de sport léger qui couvre entièrement les oreilles. Il m’aide à réguler ma température, maintient mes écouteurs et m’évite de me soucier de mes cheveux. J’y suis tellement habitué que je le porte toute l’année, même quand il fait chaud.
Les doigts se refroidissent plus vite que les autres parties du corps. Quand l’organisme commence à avoir froid, il « débranche » les organes les uns après les autres, des moins importants aux plus importants, en économisant l’apport de sang. De ce point de vue, il juge nos extrémités, notamment les doigts, un peu moins prioritaires : elles refroidissent donc d’abord. Les gants sont utiles. Au printemps et en automne, je porte des mitaines, parfois celles que l’on utilise pour le crossfit. En hiver, en revanche, je dois passer aux gants qui couvrent tous les doigts.
Selon la météo, on peut — et on doit — combiner les vêtements en plusieurs couches. Un collant et un haut à manches longues peuvent former la première, au contact du corps. Ajoutez un short et un maillot : cette deuxième couche permet déjà de courir quand il fait plus frais. Un sweat à capuche ou une doudoune sans manches, et voilà la troisième. La règle principale : en sortant de chez soi, on doit avoir un peu frais.
Ainsi, une fois réchauffé par l’effort, on sera bien. Si l’on se trompe et que l’on se couvre trop, on transpire et l’on risque de prendre froid.
Pour mes vêtements de course, je préfère les couleurs les plus vives, presque criardes. Ce n’est pas une question de style ou de goût personnel. L’important, c’est que les automobilistes et les cyclistes nous voient bien dans l’obscurité, en ville comme en pleine nature. Orange, rose, vert fluo : ces couleurs électriques rendent nos sorties plus sûres.
La liste ne s’arrête pas là, mais cela fait déjà beaucoup de vêtements. J’ai donc réservé une étagère, chez moi, à ma collection de maillots, collants, chaussettes de course et autres trésors. Ce sont d’ailleurs les vêtements de cette étagère qui passent le plus souvent à la machine.
Des parcours inattendus près de chez soi
Courir toujours aux mêmes endroits n’a rien de très passionnant. Certes, une piste d’athlétisme offre un revêtement idéal, aucun dénivelé, et on peut s’arrêter quand on veut pour rentrer chez soi. Mais quand on est curieux et qu’on aime la vie, cela finit par être un peu monotone.
Avec le temps, vous aurez envie de modifier votre parcours habituel, d’allonger ou de raccourcir la distance. Peu à peu, un réseau de chemins que vous connaissez par cœur se dessinera autour de chez vous. Vous irez plus loin, vous aventurerez dans des endroits inconnus, découvrirez des cours, des rues, des squares, de petits ponts ou des passages. La course permet de regarder d’un œil entièrement neuf cette ville pourtant familière.
J’ai assez vite trouvé des itinéraires qui me permettaient d’estimer, sans calcul savant mais avec une bonne précision, la distance à parcourir et le temps que je passerais dehors. Et que de lieux inattendus j’ai découverts ! Des pigeonniers cachés, un minuscule quartier de lofts près de chez moi, un ensemble de garages, des façades étonnantes. Nous nous aventurons dans des territoires familiers, et nos sorties nous les font connaître bien davantage.
S’il y a un parc près de chez vous, vous n’en connaissez sans doute bien que les allées principales, pratiques et fréquentées. En y courant, surtout s’il est grand, vous découvrirez peu à peu de nouveaux points de vue, des sentiers inattendus, des entrées et des sorties dont vous ne soupçonniez pas l’existence, des oiseaux et des animaux que vous n’aviez jamais remarqués.
Et, bien sûr, de nouveaux angles, de magnifiques perspectives sur des bâtiments ou des paysages que vous connaissiez déjà.
En courant, le décor change plus vite : dans le même laps de temps, on accumule davantage d’impressions que d’ordinaire. On voit plus d’arbres, de maisons, de pigeons et d’écureuils, plus de parterres et de chemins. Forcément, les découvertes et les impressions nouvelles se multiplient.
Plus on court, plus on découvre.
Le parc au fil des saisons
À une époque, j’habitais près d’un parc. C’est là que j’ai fait mes premières sorties. Le parcours commençait par une longue descente douce d’environ un kilomètre, passait devant la scène de plein air et longeait le flanc d’une colline. Puis il dessinait une large boucle en franchissant un ruisseau, suivait un chemin de terre entre les arbres, passait devant des aires de jeux et se ramifiait avant de rejoindre une large allée goudronnée où se promenaient les gens avec leurs poussettes. Il aboutissait à la grille, à l’autre bout du parc. Là, je faisais demi-tour, reprenais une partie du chemin, puis bifurquais sur un sentier étroit le long du lac. Celui-ci montait et descendait brutalement sur une dizaine de petites collines. Je traversais le ruisseau qui alimentait le lac, arrivais sur un terrain plat où l’on promenait les chiens, puis retrouvais mon point de départ à travers un bosquet de bouleaux. Environ 6 km au total. La plupart de mes sorties faisaient donc, à l’époque, à peu près 6 km : un tour.
Depuis les fenêtres de l’appartement, je voyais le parc d’en haut et j’observais ses transformations au cours de l’année. Mais les vivre au ras du sol, au fil des saisons, était encore plus grisant. En commençant à courir, je me suis plongé bien plus souvent dans ce parc. Et cela change tout.
J’ai commencé en été, au meilleur moment : le parc était animé, plein de vie, ombragé et sec. Puis les feuilles ont peu à peu jauni. Mes distances augmentaient, et j’avais davantage l’occasion d’observer les lentes transformations de la nature. Courir au milieu des feuilles qui tombaient, regarder les écureuils et les canards, avait quelque chose de très romantique. Sortie après sortie, le parc devenait transparent. Jusqu’au jour où je n’ai même pas pu commencer ma séance : ma pente douce était recouverte d’une fine pellicule de glace parfaitement lisse, sur laquelle mes pieds partaient dans tous les sens. Après avoir glissé sur 20 à 30 m, j’ai décidé de ne pas tenter le diable et je suis allé acheter des chaussures d’hiver. C’est ainsi que j’ai eu mes premières Nike Lunarglide Flash imperméables. Elles accrochaient la glace comme du bitume — du moins, c’est l’impression que j’en avais à l’époque. Le lendemain, je dépassais avec délice les piétons qui glissaient, presque sans ralentir.
La neige a recouvert le parc, le gel s’est installé, et le choix des chemins s’est réduit. Je ne pouvais plus toujours terminer ma boucle pour revenir au départ. Mais la forêt en hiver est d’une beauté et d’une pureté incroyables. Mes chaussures de couleur vive sur la neige immaculée, les branches chargées de neige au-dessus de moi : quel spectacle ! J’accumulais les kilomètres en me disant que, sans cette habitude de courir, je n’aurais jamais vu tout cela.
Puis venait le printemps, bien sûr. On contourne les flaques et l’on aperçoit avant les autres les premières fleurs, les premières feuilles, le premier bourdon ou le premier papillon. Je racontais mes découvertes aux enfants : j’étais leur premier messager du printemps.
Nous disons souvent que nous voudrions être plus proches de la nature. Mais, en voiture sur le bitume, nous allons trop vite pour voir passer les saisons. Et les quelques pas jusqu’à l’arrêt le plus proche ne suffisent pas à en saisir les détails. Courir dans les parcs, le long d’une rivière, à travers les squares et les cours, loin de chez soi, donne cette sensation inoubliable de voir le monde plus largement.
Si vous courez chaque jour, chacun de ces jours restera dans votre mémoire et dans votre historique d’entraînement.
Découvrir les lieux célèbres
Plus on court, plus on découvre. L’un des grands plaisirs de la course est de pouvoir découvrir les lieux célèbres du monde sous un angle inattendu.
La plupart des marathons urbains sont conçus pour montrer la ville sous son meilleur jour. Sur 21 ou 42 km, on a le temps de voir l’architecture du centre ou des plus beaux quartiers. Quel bonheur : c’est rare, pour un visiteur, de pouvoir tout embrasser ainsi d’un seul coup. Les monuments de Londres, de Berlin, de Saint-Pétersbourg ou de Barcelone, réunis sur le parcours d’une seule journée : inoubliable !
Mais, en dehors des marathons, vous pouvez aussi inventer votre propre visite et vivre des moments rares, sans équivalent. Des moments très cinématographiques. En courant, j’ai souvent eu l’impression de me retrouver dans un film, entouré de décors d’un réalisme incroyable.
Deux ans avant mon année de course, je suis parti au Tibet pour faire la kora, le tour du mont Kailash. Notre petit groupe devait rejoindre Lhassa, la capitale du Tibet, en passant par Canton, puis prendre un bus vers le nord, en direction du Kailash. Mais Lhassa elle-même est, bien sûr, passionnante. Une ville ancienne sur laquelle j’avais beaucoup lu, et où je rêvais de voir le palais du Potala, résidence du dalaï-lama. Le palais filmé dans Sept Ans au Tibet, avec Brad Pitt.
Lhassa se trouve à environ 3 650 m au-dessus du niveau de la mer. Pour quelqu’un qui vient de la plaine et n’y est pas habitué, respirer devient difficile. Si l’on y est sensible, le mal des montagnes vous tombe dessus dès la descente de l’avion. La tête bourdonne, quelques pas suffisent à vous épuiser. Il faut reprendre son souffle. Au début, on avance lentement, comme dans l’eau, avec une sensation proche de l’ivresse.
Heureusement, notre organisme sait s’adapter assez vite à son environnement. D’abord, sous l’effet de l’air raréfié, le sang s’épaissit. Le cœur peine à le pousser jusque dans les capillaires, et l’on se sent faible. Puis sa composition biochimique évolue, et l’on s’habitue peu à peu à cette nouvelle réalité. À Lhassa, on voit aussi des enfants, des personnes âgées, des commerçants qui mènent une vie tout à fait ordinaire. On comprend que vivre ici est possible. Il suffit de patienter un peu, et tout rentrera dans l’ordre.
La première nuit en altitude, on a mal à la tête. Sans habitude, il est difficile de dormir. Les bruits de la rue paraissent étranges, les rêves sont inquiétants, le souffle manque. Malgré tout, quel sentiment exaltant de se retrouver dans un lieu aussi mystérieux.
Le matin, vers six heures, j’ai enfilé mes chaussures, consulté la carte et je suis parti à la rencontre du Potala. La ville dormait encore, les voitures étaient rares. Je courais dans une vieille rue en imaginant les caravanes de yaks qui l’avaient traversée. En altitude, dans l’air raréfié, les couleurs sont bien plus vives. Le jaune est beaucoup plus jaune qu’au niveau de la mer, et le bleu, incroyablement plus bleu.
Hélas, j’ai dû m’arrêter souvent et passer à la marche. J’étais terriblement essoufflé. J’ai croisé un policier qui s’ennuyait, puis les premiers travailleurs, déjà absorbés par leurs tâches. J’ai découvert que les Tibétains aimaient écouter de la musique sur de grosses enceintes, se réunir autour, les poser près d’eux sur les bancs. Et tous enregistraient des messages vocaux sur leur téléphone.
Je n’ai pas eu à me perdre dans un dédale de rues. L’avenue principale m’a conduit droit au Potala, que j’ai découvert dans les rayons du soleil levant. Le palais est extraordinaire. Comment avait-on pu bâtir une telle splendeur à cette altitude, dans une nature si austère ? Au milieu des Tibétains qui se pressaient, je restais là, simplement heureux d’être devant l’entrée principale. Le cinéma devenu réel. Incroyable.
Au retour, j’ai vu de toutes petites silhouettes d’enfants dans leurs uniformes identiques se rassembler devant l’école. Leurs parents les accompagnaient, leur donnaient un baiser d’au revoir et leur donnaient leur petit déjeuner. C’était très touchant.
Une petite sortie de 5 à 6 km, et j’étais rentré à l’hôtel avant le petit déjeuner. J’avais déjà vu le Potala sous une lumière exceptionnelle, observé des scènes de la vie quotidienne, des policiers et des commerçants, pendant que mes compagnons de voyage se brossaient les dents dans une banale chambre d’hôtel. Je me sentais explorateur, éclaireur de notre petit groupe. Juste de la course ? Oui, mais aussi cette saveur particulière de la vie que je ne retrouve qu’en courant.
Ce jour-là, nous avons visité le Potala avec un guide, sommes entrés et montés sur les remparts. C’était formidable. Pourtant, sans l’avoir vu dans la lumière du matin, il m’aurait manqué quelque chose. Et ce souvenir-là, j’étais le seul à l’avoir !