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Février

L’hiver, le tapis, la musique et les façons de continuer à courir quand on débute.

13 min · 2 591 mots

Courir en hiver

L’hiver réserve son lot de neige, de verglas et de congères. Quand on veut continuer à courir dehors, il faut aussi apprendre à composer avec tout cela.

J’ai des chaussures Reebok qui me conviennent très bien dans la neige : mes pieds restent secs. Cette année-là, j’ai aussi acheté des Salomon et des Nike ACG, pour All Conditions Gear. Elles aussi sont imperméables.

Et comme j’aime courir le matin, lorsqu’il a neigé pendant la nuit, il m’arrive de sortir dans l’obscurité sur des trottoirs encore blancs. Une question d’habitude, même si la prudence reste de mise.

En hiver, la neige et le verglas ne se prêtent guère aux séances rapides. La vitesse passe au second plan. Cela me convient : je cours tranquillement et je garde les séances rapides pour de meilleures conditions. Et une bonne partie des courses auxquelles je m’intéresse ne reprend qu’au printemps.

Quand je traverse les rues froides de la ville, je me sens pleinement humain. Capable de répondre à la nature sans capituler. Je ne suis ni une plante en sommeil, ni un ours en hibernation. Je peux décider de ce que je fais de mon hiver. Je n’ai pas besoin de soleil pour me sentir bien : mon soleil, je le porte à l’intérieur. C’est le moteur qui me fait avancer dans la neige et sur les passages glacés, qui crée un petit îlot de chaleur au milieu du froid. Et cette chaleur me suffit. J’aime cette obstination humaine, cette capacité à trouver son bonheur malgré les conditions. C’est une affaire de volonté et de persévérance, et je suis heureux de relever le défi.

En hiver, l’équipement compte. Impossible d’y couper. Il faut surveiller la température extérieure et bien connaître sa façon de réagir au froid. On peut porter des sous-vêtements thermiques sous sa tenue de sport ; un bonnet et des chaussures imperméables sont indispensables. Je porte des tours de cou Buff. Quand la température descend sous les −20 °C, il en faut un pour ne pas se brûler les poumons. Je le remonte sur mon nez, et il durcit de façon assez amusante vers la fin de la sortie. Si l’humidité est élevée, les sourcils et les cils se couvrent de givre blanc. De quoi faire de très belles photos.

Les marques n’abordent pas toutes les vêtements d’hiver de la même manière. Certaines proposent des ensembles pour une température donnée ; d’autres misent sur les couches, des pièces qu’on peut porter séparément ou superposer. J’aime bien cette approche chez Nike : une première couche, une tenue plus classique ou en polaire, puis éventuellement un gilet léger ou isolant. Selon la température, je porte deux, trois ou quatre couches, et je me sens bien.

Le visage, chez moi, souffre moins du froid. On a l’habitude de sortir à visage découvert. Ce sont surtout les extrémités qui me rappellent à l’ordre, là où la circulation se fait plus discrète. Deux paires de gants superposées peuvent donc être une bonne idée.

En hiver, on risque de tomber, de glisser ou de se tordre une cheville. Je pense davantage à préserver mes jambes qu’à mon allure ou à mes performances. Même de bonnes chaussures peuvent déraper. Ma priorité est donc simple : rentrer sans me blesser.

Les grands coureurs ne s’entraînent pas toujours sur des surfaces impeccables. Ils empruntent aussi des parcours difficiles, des chemins lourds et boueux où chaque pas demande un effort. De quoi travailler la coordination et la force des jambes. La neige peut, elle aussi, offrir un terrain exigeant. Je me dis que tout ce travail me servira lorsque les conditions permettront d’aller plus vite.

Bref, l’hiver est une excellente saison pour courir.

À quelle heure s’entraîner ?

J’ai lu quelque part qu’il valait mieux s’entraîner à l’heure où se déroulerait la compétition. Cela me paraît logique. La plupart de mes courses partent le matin, et je dois reconnaître que je préfère moi-même courir avant le petit-déjeuner.

J’aime les rues encore vides et la ville qui s’éveille. Peu de voitures, peu de piétons : on ne dérange personne. Et la journée commence avec la satisfaction d’avoir déjà fait quelque chose, sans cette petite obligation qui vous attend au tournant.

En été, la chaleur peut rendre la course pénible. On perd beaucoup d’eau, on peut souffrir d’un coup de chaleur. Cela ne m’est pas arrivé, mais j’essaie de partir tôt, avant que le soleil ne joue dans l’équipe adverse.

Le soir, je suis souvent déjà fatigué ; j’évite donc autant que possible de garder ma séance pour ce moment-là. Et puis je vois les heures passer en me disant que je dois encore ma sortie à cette journée. À force de courir tous les jours, tant que je n’ai pas couru, la journée me paraît inachevée. Difficile de traîner ce sentiment du matin au soir.

Beaucoup de mes amis préfèrent pourtant courir le soir. Une dernière activité avant la douche, leur série préférée et le lit. Je les comprends. Pour une raison qui m’échappe, je cours d’ailleurs souvent plus vite le soir que le matin. Ce créneau a donc ses avantages.

Mais l’essentiel, c’est que la séance ait lieu. Matin, midi ou soir : une affaire de goût. Il existe même des courses nocturnes. Et elles peuvent être magnifiques !

Le tapis de course

Dans l’ensemble, je préfère évidemment courir dehors, sur la terre, le bitume ou une piste d’athlétisme.

Mais il y a des exceptions. Pour ne pas me demander si je suis assez couvert, si le trottoir est verglacé ou s’il a été dégagé, je peux aller courir en salle. À bien y réfléchir, le tapis n’a pas que des défauts. Je choisis ma vitesse, je lance la musique et j’accumule les kilomètres prévus.

En salle, pas besoin de surveiller tout ce qui m’entoure. Pas de feu rouge, de trou, de bordure, de chien ou de trottinette. Je cours à une vitesse à peu près constante et je dispose des indications du tapis : distance, durée, vitesse. Deux kilomètres ou quatre, je sais où j’en suis et je peux m’arrêter quand je veux. Pas besoin de téléphone pour tout enregistrer.

Et si j’avais prévu dix kilomètres mais que je m’arrête à cinq, ce qui arrive, je n’ai pas à appeler un taxi pour rentrer. J’arrête la machine et je vais au vestiaire.

Le tapis ne remplace pas tout ce qu’apporte une sortie dehors. Mais quand le temps s’y prête mal, il rend bien service.

Ce que j’aime particulièrement, c’est pouvoir modifier l’inclinaison. Le relief change tout : courir en côte n’a rien à voir avec une surface parfaitement plate. Si l’on s’entraîne toujours sur du plat avant de prendre le départ d’une course vallonnée, on risque de ralentir et de se fatiguer plus vite. Les montées ont donc leur place dans la préparation d’un coureur polyvalent. Et l’inclinaison du tapis permet justement de les travailler.

La musique

Passer des heures à courir peut finir par lasser un peu. Alors on a envie de mettre des écouteurs et d’ouvrir une fenêtre sur un autre monde.

J’écoute toutes sortes de musiques et des livres audio. Avec mon abonnement Apple Music, je découvre des sélections toutes faites, comme celles de Nike Training, mais je compose aussi mes propres playlists. J’ai notamment Fast Run, Slow Run, Marathon List et quelques autres.

Fast Run me donne envie de me dépasser. Tous les morceaux ne sont pas rapides. Mais quand j’entends une mélodie que j’aime, je me dis que je ne peux pas la décevoir. J’accélère un peu, comme pour donner un coup de main à l’artiste. L’âme chante, les jambes avalent les kilomètres.

Slow Run, au contraire, rassemble des morceaux plus tranquilles. Ils ne me poussent pas à accélérer ; ils m’aident à rester calme et à courir avec le sourire. Pour une longue sortie à faible fréquence cardiaque, c’est parfait.

J’ai aussi découvert les classements musicaux de différents pays et grandes villes. Une vraie trouvaille ! Dans certaines villes, je ne trouvais presque que des succès internationaux, souvent américains ou européens. Heureusement, pas partout. Les sélections de Bogotá, São Paulo ou Lima, mais aussi de Nairobi, Lagos ou du Cap, m’ont particulièrement emballé. D’autres rythmes, des sonorités inattendues : voilà qui donne envie d’avancer. Et si les villes ne vous suffisent pas, vous pouvez explorer les classements par pays.

Un petit voyage sonore. Je choisis un pays où j’aimerais aller, ou je repense à un voyage passé, puis j’écoute ce qui s’y écoute. Je m’aventurais moins souvent dans les classements allemands, français ou polonais ; j’étais plutôt attiré par des horizons qui m’étaient moins familiers, même s’il y avait des exceptions. En rentrant, je racontais à ma femme que j’avais couru avec la Colombie, le Paraguay, le Kenya ou le Japon dans les oreilles. Ça change le rythme du quotidien. Et quel plaisir d’entendre des chansons en swahili ou en marathi, au lieu de rester dans les langues auxquelles je suis habitué.

J’ai un faible pour les classements kenyans. Avec tous les immenses coureurs que compte le pays, j’aime imaginer que leur musique n’est pas tout à fait étrangère à leurs exploits. Les morceaux du classement de Nairobi avaient souvent une énergie joyeuse et un bon rythme.

Le classement du Botswana se distingue de tous les autres. C’est un pays d’Afrique australe où la corruption est presque inexistante et qui a évité les guerres civiles depuis son indépendance. Dans l’ensemble, son économie progresse assez vite, et sa société est un exemple de réussite en Afrique. J’avais donc envie de découvrir ce qu’écoutait cette société.

En écoutant les classements de différents pays, on comprend qu’ils abritent des gens différents, aux goûts différents. Certains aiment les chansons mélodieuses, d’autres les morceaux énergiques, le rock, la pop ou la techno. Des styles différents pour des gens différents. Mais avec le Botswana, c’est autre chose : on a l’impression que tout le monde se ressemble et partage les mêmes goûts. Leur classement évoquait la playlist d’un seul DJ, avec des préférences musicales bien précises, au point qu’on remarquait à peine le passage d’un morceau à l’autre. Musicalement parlant, sur notre planète, tout le monde est différent. Sauf au Botswana, où tout le monde est pareil. Courir sur leur musique, c’est un bonheur !

C’est ainsi que j’explore les classements du monde entier. Dès qu’un morceau me plaît, je l’ajoute à ma playlist.

Les livres audio

Les ouvrages de management très denses ne me conviennent pas en courant. Je n’ai pas assez de concentration : il faut aussi regarder autour de soi, surveiller les voitures et les trous pour ne pas trébucher. Les idées compliquées passent mal, et j’en perds trop en route. J’écoutais surtout des récits sur l’histoire d’entreprises comme Netflix ou Goldman Sachs. J’ai aussi écouté Le Cygne noir de Nassim Nicholas Taleb.

En revanche, la vulgarisation scientifique accessible passe très bien. J’ai écouté Darwin Comes to Town, un excellent livre de Menno Schilthuizen sur la manière dont différentes espèces s’adaptent à la ville, évoluent et y trouvent de nouvelles niches. Un compagnon idéal pour courir dans les rues.

J’ai beaucoup aimé De l’inégalité parmi les sociétés, de Jared Diamond, qui cherche à comprendre pourquoi certaines sociétés, surtout en Europe et en Asie, ont dominé puis colonisé l’Afrique, les Amériques et l’Australie plutôt que l’inverse. J’écoutais aussi des podcasts littéraires, des émissions d’histoire et de la science-fiction. Parmi mes découvertes personnelles : le cycle d’Hypérion, de Dan Simmons, et Martin Eden, de Jack London. J’ai dévoré tout Pelevine en audio et découvert avec émerveillement la science-fiction chinoise de Liu Cixin. Même sans aucun autre bénéfice, cela aurait déjà valu la peine de courir.

Personnellement, j’ai du mal à courir vite en écoutant un livre. Cet accompagnement se prête mieux à une sortie régulière et tranquille qu’à une séance rapide. Et cela me va très bien. C’est une merveilleuse manière d’élargir son horizon.

Avant de voir le film Dune, j’ai décidé d’écouter le roman. Comme je courais pas mal cette semaine-là, je l’ai terminé juste à temps. Bonne idée : sans le livre, beaucoup de choses m’auraient échappé. Voilà comment la course m’aide même à mieux regarder les films.

La vidéo

Oui, on peut regarder des films et des séries en courant. Mais pas dans la rue, évidemment.

En salle, le tapis mesure déjà la vitesse et la distance. Je sais comment et combien j’ai couru sans demander au téléphone de suivre la séance.

Je le pose donc sur le support du tapis, juste devant mes yeux, je branche mes écouteurs et je lance quelque chose sur Netflix. Huit à dix kilomètres, cela me laisse à peu près le temps de regarder un épisode. De quoi suivre les séries dont tout le monde parle tout en continuant à m’entraîner.

Les séances « en peigne »

J’ai lu un jour Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, de Haruki Murakami. Ce n’est pas un manuel, mais un récit autobiographique nourri d’histoires de course. Ce livre a pourtant beaucoup contribué à faire connaître la course amateur. Murakami y raconte notamment sa fierté de ne pas s’arrêter : il parcourt toute la distance sans marcher. J’y reconnaissais l’image de la ténacité japonaise que je m’étais faite. Les Japonais comptent d’ailleurs d’excellents coureurs et de nombreux détenteurs de records. Je me demandais si cette détermination à ne pas s’arrêter y était pour quelque chose.

Moi, hélas, je n’en suis pas capable. En compétition, j’essaie de ne pas m’arrêter. Mais à l’entraînement, pourquoi m’en priver ? Quand mon corps le demande, je préfère l’écouter.

L’application Garmin permet de suivre les variations de vitesse tout au long d’une sortie et de consulter l’allure moyenne, en minutes par kilomètre ou par mile. En comparant mes séances avec celles de mes amis, j’ai remarqué qu’ils cherchaient souvent à maintenir une allure régulière. Très bien. Mais ce n’est pas toujours ce qui me convient.

Souvent, pas systématiquement, je cours de façon plus irrégulière. Je reste à une allure confortable aussi longtemps que je le peux. Lorsque mes gestes deviennent moins précis ou que mon souffle s’emballe, je marche ou je m’arrête. Dès que j’ai récupéré, je repars. Et ainsi de suite jusqu’à la distance prévue.

Sur le graphique Garmin, ces arrêts et ces reprises se voient très bien. Chez mes amis, on distingue de longues périodes de course, puis des ralentissements. Chez moi, le tracé ressemble à un peigne : une succession de dents, avec des pointes de vitesse séparées par des chutes presque jusqu’à zéro.

À mon avis, c’est un rythme adapté à un coureur peu entraîné. Vous irez assurément au bout de la distance sans abandonner. Et si vous avez prévu ces pauses dès le départ, cette manière de faire s’inscrit dans votre stratégie. Pas besoin de vous reprocher une faiblesse : c’était précisément le programme.

Quoi qu’il en soit, la course aura tout de même un effet positif sur votre condition physique. Ces pauses permettent simplement de parcourir de plus grandes distances avec une fréquence cardiaque moyenne plus basse, tout en gardant des forces pour les portions « rapides ». Le pouls se stabilise, le corps reprend son souffle et vous envoie un signal : « Ça y est, je suis prêt. On y retourne. » Et vous repartez.

J’aime ces séances en peigne. Je ne les confonds pas avec du fractionné, où l’on organise les répétitions rapides et les récupérations selon un programme. Ce sont, pour moi, de courtes portions de course séparées par de brefs repos, une manière d’entrer dans l’effort. Il peut y en avoir beaucoup dans une seule séance.